Répertoire

« The only really safe name is Ernest » Oscar Wilde, 1895.

  • Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Trio n°5 op. 70 n°1 “Les Esprits”
    Séléction de Folksongs pour voix et trio avec piano
  • Karol Beffa (né en 1973)
    “Les Ombres qui passent” pour trio avec piano
  • Ernest Bloch (1880-1959)
    Concerto Grosso n°1 pour cordes et piano obligato
  • Johannes Brahms (1833-1897)
    Trio n°1 op. 8 (version de 1891)
  • Dmitri Chostakovitch (1906-1975)
    Trio n°2 op. 67
  • Claude Debussy (1862-1918)
    Trio en Sol Majeur
  • Joseph Haydn (1732-1809)
    Trio n°12 Hob. XV:36
    Trio n°25 Hob. XV:12
    Trio n°45 Hob. XV:29
  • Rudolf Kelterborn (né en 1931)
    15 Moments Musicaux pour trio avec piano (2006)
  • Erich Wolfgang Korngold (1897-1957)
    Suite pour 2 violons, violoncelle et piano main gauche Op. 23
  • Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Trio KV 502
    Quatuor avec piano KV 478
  • Felix Mendelssohn (1809-1847)
    Trio No. 1 en ré mineur Op. 49
  • Carlos Roque Alsina (né en 1941)
    Trio 2019 (Quasi Figurativo)
  • Franz Schubert (1797-1828)
    Trio n°1 op. 99
  • Robert Schumann (1810-1856)
    Quatuor avec piano Op. 47

PROPOSITIONS DE PROGRAMME

“ Révisez vos classiques ! ”

  • Haydn, Trio Hob.XV :12 // 21’
  • MOZART, Trio K.502 // 22’
  • BEETHOVEN, Trio n°5 « Les esprits » // 28’
À travers ses 77 ans d’existence, Joseph Haydn (1732-1809) voit la période classique naître, se développer et s’éteindre : il a 9 ans à la mort de Vivaldi et disparaît quelques mois après la naissance de Mendelssohn.
C’est donc naturellement que « Papa Haydn » ouvre ce programme classique avec l’un de ses trios londoniens. Il y partage la vedette avec deux autres génies, qui furent un temps ses protégés : Wolfgang Amadeus Mozart et Ludwig Van Beethoven. On pourrait supposer les trios de ces trois compositeurs proches, et un programme entier dédié à leur production monochrome. Il n’en est rien ! Dans l’écriture, chacun a sa propre conception de la formation. Preuve en est l’utilisation du violoncelle : formant une véritable basse continue avec la main gauche du piano chez Haydn, il prend son indépendance chez Mozart, tandis que Beethoven lui donne une dimension solistique. Le message musical des trois compositeurs est également très personnel : l’inventivité jubilatoire de Haydn répond au lyrisme opératique de Mozart et à la profondeur métaphysique de Beethoven, dialoguant ainsi au sein d’un programme plus contrasté qu’on ne pourrait le croire.

“ Guerre et paix ! ”

  • Chostakovitch, Trio Hob.XV :12 // 21’
  • SchubertTrio Op. 99 // 42’

Composés dans des circonstances douloureuses, ces deux trios présentent un contraste saisissant. Au sortir de la 2ème Guerre Mondiale, le Trio n°2 de Chostakovitch semble crier la douleur et la violence du conflit, l’horreur de la découverte des camps d’exterminations, mais aussi la cruauté du régime soviétique. L’œuvre est d’une noirceur rare : le lyrisme y est funèbre, les danses infernales, l’humour grinçant. Le compositeur déclarait à propos de ses 5ème et 7ème symphonies, composées respectivement en 1937 et 1941 :

“L’idée d’un final plein d’allégresse ne m’avait même pas effleuré.
Comment peut- il être question d’allégresse ? ”

Ces mots s’appliquent tout autant au final du second trio, que J.-M. Phillips-Varjabédian analyse en ces termes “ Deux thèmes vont s’affronter […] jusqu’à un paroxysme où l’on va atteindre le quintuple forte”. Revient alors le thème du premier mouvement, fortissimo avec sourdine, symbole du “ peuple qui veut chanter mais que l’on étrangle. ” Le tout se terminant dans “une espèce de néant, une espèce de mort”.
La mort c’est également l’horizon de Schubert lorsqu’il compose son premier trio. Atteint d’une maladie vénérienne depuis quelques années, il succombera quelques mois après la composition à la fièvre typhoïde. Mais c’est une œuvre lumineuse que le Viennois compose en réponse à cette perspective sombre. Si le trio présente des passages douloureux, notamment dans son Andante poignant, c’est une réponse dans son ensemble incroyablement positive et sereine que semble adresser Schubert à sa situation précaire. Il évoque ainsi les paroles du lied dont est tiré le thème de son final, Skolie : « A peine le bonheur nous embrasse / Que la mort nous fait signe et il s’efface ; / Devons- nous la craindre ? / Sur les lèvres des jeunes filles nous salue / Le souffle de la vie, celui qui le boit / Sourit à ses menaces. » Après la rage et le désespoir de Chostakovitch, c’est donc une certaine paix intérieure que nous retrouvons avec le premier trio de Schubert, fidèle à ces mots de Robert Schumann : « Un seul regard sur le trio de Schubert – et toute la misère de la condition humaine disparaît, le monde est comme neuf ».

“ Demandez le programme ? ”

  • Brahms, Trio n°1 // 35’
  • ChostakovitchTrio n°2 // 30’

La thématique de ce programme est un véritable serpent de mer, traversant les siècles avec une vigueur jamais démentie : il s’agit de l’opposition entre la musique dite « pure » et la musique « à programme ». La première, la musique pour la musique, indépendante des paroles comme de toute forme de représentation, est défendue farouchement par Eduard Hanslick dans la Vienne de Johannes Brahms, dont il est le plus fervent soutien :

“ La musique n’a pas d’autre sujet que la combinaison des notes que nous entendons, car la musique ne parle qu’au moyen des sons, elle n’est que sons.”

Le premier trio de Brahms s’inscrit dans ces idéaux, et l’œuvre du compositeur Autrichien dans son ensemble restera comme un symbole de cette vision musicale, en opposition aux opéras de Wagner et aux poèmes symphoniques de Liszt. Un siècle plus tard, le débat est toujours d’actualité, et le russe Dimitri Chostakovitch ne semble pas partager les opinions de Hanslick. Ses œuvres, intimement liées à l’Histoire moderne, portent en elles les évocations de cette période sombre. Ainsi le 2ème Trio fait référence à l’horreur du fascisme, avec notamment son thème juif en danse macabre. Une dimension figurative pleinement assumée par le compositeur, qui n’hésitera pas à ajouter ponctuellement un texte explicite à ses œuvres, comme dans la symphonie n°14. Pragmatique, il déclarera à cette occasion :
“ Les mots constituent une protection contre la bêtise notoire. Du moment qu’il y a des mots, n’importe quel imbécile comprendra. Quoique, même là, il ne puisse y avoir de garantie absolue. ”

Alors faut-il finalement demander le programme ?